Est-il permis de donner la totalité de son argent en aumône ?

  • Date de publication:26/12/2012
  • Catégories:La Zakat
  • Fréquence:
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Est-il permis au Musulman de dépenser la totalité de son argent s’il le désire ? Allah, exalté soit-Il, a-t-Il fait l’éloge d'un tel acte ? Les prédécesseurs, qu'Allah leur fasse miséricorde, faisaient-ils cela ou pas ?
Premièrement, il faut expliquer qu’une des caractéristiques de la dépense louable est la modération et le juste milieu. Tout comme il est prescrit au Musulman d’être généreux envers les autres, il lui est également prescrit d’épargner une partie de son argent pour lui et pour ceux qui sont sous sa responsabilité afin de faire face aux aléas de la vie et aux changements de situations. Il n’est donc pas recommandé au Musulman d’exagérer dans ses dépenses et de dépenser tout son argent sans rien garder.
Cette signification est tirée de la Parole d’Allah, exalté soit-Il (sens du verset) :
« Ceux qui croient à l'invisible et accomplissent la Salât et dépensent (dans l'obéissance à Allah), de ce que Nous leur avons attribué. » (Coran 2/3)
L’argument réside dans cette partie de ce noble verset : «[…] et dépensent (dans l'obéissance à Allah), de ce que Nous leur avons attribué. » (Coran 2/3)
Ach-Chanqîti a dit : « Dans ce noble verset, Allah, exalté soit-Il, a utilisé les termes ‘de ce que’ ce qui signifie qu'il faut dépenser dans l’obéissance d'Allah, exalté soit-Il, une partie de son argent et non pas tout son argent. Il ne précisa pas la quantité d’argent à dépenser ni la quantité qu’il faut épargner. Cependant, Il indiqua à un autre endroit la quantité qu’il faut dépenser. Il s'agit de ce qui est en surplus et n'est pas nécessaire pour combler nos besoins. Allah, exalté soit-Il, dit (sens du verset) : «[…] Et ils t'interrogent : ‘Que doit-on dépenser (en charité) ?’ Dis : ‘L'excédent de vos biens.’ […]» (Coran 2/219) » (Adwa’ Al-Bayân, Ach-Chanqîti)
Il existe également un autre verset renforçant ce sens. Allah, exalté soit-Il, dit en parlant des attributs des serviteurs du Tout Miséricordieux (sens du verset) : « Qui, lorsqu'ils dépensent, ne sont ni prodigues ni avares, mais se tiennent au juste milieu. » (Coran 25/67) Allah, exalté soit-Il, les décrit comme des gens qui, lorsqu’ils dépensent, ne le font pas avec exagération et cela signifie qu’ils gardent une partie de leur argent et ne dépensent pas tout.

Les versets coraniques indiquent le fait d’épargner :
De ce qui précède nous retenons que le Noble Coran devança l’économie moderne en matière d'incitation à l'épargne et cela sans le mentionner explicitement. Sans doute que cela fait partie des miracles du Noble Coran du point de vue économique et rhétorique. Le docteur Yousof Al-Qardâwi a dit : « Parmi les secrets de l’expression coranique, figure l'emploi de la formule «de ce que ». En effet, le noble Coran nous demande de dépenser «de ce que » Allah, exalté soit-Il, nous a attribué et cela signifie que nous devons dépenser une partie de notre argent et en épargner une partie. Celui qui donne en aumône une partie de ce qu’il gagne devient rarement pauvre. Il est confirmé que le Prophète () mettait chaque année de la nourriture de côté pour sa famille. Cela ne contredit en rien le fait qu'il place sa confiance en Allah, exalté soit-Il, et ne remet pas en cause son ascétisme dans ce monde, car il s'agit d'une cause légitime.
Si la communauté s’habitue à l'épargne et que cela devient un comportement général, elle rassemblera d'énormes quantités d’argent qu’elle pourra utiliser dans ce qui est bon et bénéfique pour l'ensemble de ses membres et combler les lacunes de la vie économique plutôt que de recourir à des emprunts usuraires à l’étranger qu’Allah anéantit. Allah, exalté soit-Il, informa ceux qui font de tels emprunts qu’ils déclaraient la guerre à Allah et à Son Messager. Aujourd'hui, nous constatons les effets de cette guerre. La dette, ses services et ses intérêts se chiffrent par milliards. Nos peuples et nos sociétés sont tellement accablés par ces dettes qu'ils contractent d’autres dettes pour rembourser les premières »
Donc, nous déduisons de tout cela que l’épargne est un principe islamique établi auquel le Coran exhorta la communauté, à côté de l’aumône. L'épargne est donc requise au même titre que l’aumône. L'Islam ne demande pas aux individus de dépenser tout leur argent puis d'attendre la bénédiction et la compensation.
Abou Bakr As-Siddîq, qu'Allah soit satisfait de lui, dépensait tout son argent :
À l’époque du Prophète () un événement s'est produit indiquant la permission de donner tout son argent en aumône. C’est une histoire célèbre rapportée par Omar Ibn Al-Khattaab, qu'Allah soit satisfait de lui, qui a dit : « Le Messager d’Allah nous ordonna de faire l’aumône et j’avais justement de l’argent à ce moment-là. Je dis alors : ‘Si je dois un jour devancer Abou Bakr (dans les bonnes œuvres), c’est aujourd’hui’. Je me présentai alors avec la moitié de mon argent et le Messager d’Allah me demanda : ‘Qu’as-tu laissé à ta famille ?’ Je répondis : ‘Je lui ai laissé la moitié de mes biens’. Ensuite, Abou Bakr se présenta avec la totalité de ce qu’il possédait et le Messager d’Allah lui demanda : ‘Qu’as-tu laissé à ta famille ?’ Il répondit : ‘Je lui ai laissé Allah et Son Messager’. Je dis alors : ‘Je ne pourrai jamais te devancer lorsqu'il s'agit d'une bonne œuvre’. » (Abou Dawoud, At-Tirmidhi)
Ce hadith contredit-il le principe que nous avons établi en nous basant sur le noble Coran et qui veut qu'on dépense une partie de l’argent et non sa totalité ou bien il existe une directive corrigeant le sens qui vient à l’esprit selon lequel il est permis de dépenser tout son argent en se basant sur l’acte d’Abou Bakr As-Siddîq, qu'Allah soit satisfait de lui, et l’approbation du Prophète () de son acte ?
En méditant sur cette histoire, ses réalités et ses circonstances, on peut dire que celui qui se trouve dans la situation d'Abou Bakr, qu'Allah soit satisfait de lui, peut dépenser tout son argent dans le bien et l’obéissance et cela pour plusieurs raisons :
1. Il ne fait aucun doute que la foi d’Abou Bakr As-Siddîq, qu'Allah soit satisfait de lui, et sa patience l’aidèrent à accomplir une telle chose. Al-Khattâbi a dit : « Il [le prophète ()] ne désapprouva pas Abou Bakr As-Siddîq, qu'Allah soit satisfait de lui, lorsque ce dernier dépensa tout son argent, car il savait à quel point son intention était sincère, et sa foi était ferme et il ne craignit pas pour lui la Fitnah. » Ibn ‘Abidîn a dit : « Celui qui désire donner tout son argent en aumône, tout en étant sûr de sa confiance et de sa patience face à cette situation, a le droit de le faire et dans le cas contraire, cela lui est interdit. Il est déconseillé à celui qui n’a pas de patience face aux difficultés de dépenser tout son argent et de se retrouver privé de ce qui lui est nécessaire pour subvenir à ses besoins. » Donc, celui qui se trouve dans la même situation du point de vue de la foi, de la certitude et de la patience a le droit de donner tout son argent en aumône comme l’a fait Abou Bakr As-Siddîq, qu'Allah soit satisfait de lui.
2. Celui qui désire accomplir un tel acte ne doit pas être responsable de personnes aux besoins desquelles Allah, exalté soit-Il, lui prescrit de subvenir. S'il a une femme et des enfants et qu’il possède ce qui leur est nécessaire ou qu’ils ont la même patience et la même foi que lui, alors il lui est permis d'agir ainsi. At-Tabari a dit : « La majorité des savants ont dit que celui qui donne tout son argent en aumône alors qu’il est en pleine santé physique et mentale, qu’il n’a pas de dette, qu’il est patient face aux difficultés et qu’il n’a pas d’enfants ou que ceux-ci sont également patients, a le droit de faire cela. Cependant, si l’une de ces conditions n’est pas remplie, alors cela lui est déconseillé. Certains savants dirent même que son acte est refusé (par Allah). »
3. Abou Bakr As-Siddîq, qu'Allah soit satisfait de lui, dépensa tout son argent, mais cela valait uniquement pour les dirhams, les dinars et l’argent transmissible. Ibn Hazm a dit : « Abou Bakr As-Siddîq avait une maison à Médine bien connue et une maison à La Mecque. De plus, le Prophète () n’aurait jamais laissé une personne telle qu'Abou Bakr se perdre, car il avait besoin de lui. » (Ibn Hazm)
L’acte d’Abou Bakr As-Siddîq, qu'Allah soit satisfait de lui, n’est donc pas à prendre dans l’absolu et l’on ne peut pas suivre son exemple sans respecter les conditions mentionnées précédemment et Allah, exalté soit-Il, sait mieux.
Dans le Hadith rapporté par Ka’b Ibn Mâlik, qu'Allah soit satisfait de lui, se rapportant à son absence à la bataille de Tabouk puis la révélation du pardon qui lui a été accordé par Allah, exalté soit-Il, Ka’b, qu'Allah soit satisfait de lui, voulut donner la totalité de son argent dans le sentier d’Allah par reconnaissance envers Allah, exalté soit-Il, et pour prouver son repentir. Ka’b, qu'Allah soit satisfait de lui, dit dans cette célèbre histoire : « Ô Messager d’Allah, donner la totalité de mon argent en aumône à Allah et à Son Messager fait partie de mon repentir. » Le Prophète () lui dit: « Garde une partie de ton argent, c’est préférable pour toi. » (Boukhari)
An-Nawawi, qu'Allah lui fasse miséricorde, a dit : « Le Prophète () lui ordonna de se contenter de donner une partie de son argent en aumône par crainte qu’il ne soit touché par la pauvreté et par peur qu’il ne puisse pas patienter face aux difficultés. Et cela ne contredit en rien le fait qu'Abou Bakr, qu'Allah soit satisfait de lui, ait donné en aumône la totalité de son argent, car il était patient et se satisfaisait de son sort. » (Charh An-Nawawi Li Sahîh Mouslim)
En conclusion, le jugement légal sur le fait de donner en aumône la totalité de son argent dépend des conditions mentionnées précédemment. Celui dont la situation est proche de celle d’Abou Bakr, qu'Allah soit satisfait de lui, a le droit de faire aumône de la totalité de son argent et sa récompense est auprès d’Allah, exalté soit-Il. Quant à celui qui n’est pas dans cette situation, il est préférable pour lui de garder une partie de son argent et de ne pas tout donner en aumône, et Allah, exalté soit-Il, sait mieux.

Auteur : Bâsim ‘Amir

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